La préparation mentale, est un des domaines d’intervention de Sport Entreprise Performance. Vincent BOURY, athlète handisport a collaboré avec Sébastien THOMAS afin de compléter sa préparation pour les Jeux Olympiques de Pékin en septembre 2008.  Vincent BOURY est devenu Champion Olympique en simple et médaillé d’argent par équipe. Il a accepté de répondre pour nous à cette petite interview afin de donner un éclairage plus précis sur sa préparation, ses jeux, la place du mental dans sa performance et son avenir… |   |
1. Que ressens-tu après avoir concrétisé ton « rêve olympique » (médaille d’or) ? Une immense satisfaction, une explosion de plaisir et d’émotion. 2. Quel était ton état d’esprit lors de ces JO ? Etat serein, confiant, et une folle envie de jouer et gagner. Confiance accrue en mon niveau de jeu grace un énorme travail très exigeant et très « professionnel » sur tous les plans : physique, mental, diététique, ostéo, médecin du sport, récupération, planification. Un gros volume à la table, avec une très grande qualité d’entrainement exigée en permanence. 3. Comment t’es-tu préparé avant chaque rencontre ? Je suis resté entièrement concentré sur chaque match à venir, en fonction d’un rythme que j’avais préparé avant, selon les horaires des rencontres. Par exemple : pas d’interaction extérieure, ou de déconcentration en encourageant d’autres joueurs. Programme de sommeil, transport, nutrition/hydratation, échauffement très strict. 4. Respectes-tu une routine particulière avant une rencontre ? Oui, j’ai un rythme, un enchainement d’actions, de repères que je contrôle et connais très précisément après de nombreuses années d’expériences. Préparation du sac, transport, scénario/tactique avec le coach, échauffement/entrainement, visualisation, révision des fiches, tirage des balles/tenues/côtés, hydratation, nutrition, concentration,arrivée à la table, séquence d’échauffement, début du match. Routine assez rigoureuse, mais pas indispensable : si quelque chose change (timing, conditions de jeux, disponibilité des tables, etc.), il n’y a pas de panique, je m’adapte. 5. Après la défaite de ton 1er match, comment as-tu fait pour rebondir ? Quelles ressources as-tu mobilisé à ce moment ? Je suis resté dans l’analyse du match, et l’objectivation de l’évènement : j’ai été à un niveau de jeu normal, il a fait « le » match de sa vie, il a été plus fort. La compétition n’est pas finie, j’ai travaillé la concentration sur les matches à venir. Je n’ai pas toutes les billes en main, mais je dois rester concentré sur les paramètres que je peux gérer. Calcul des setaverages et pointaverages pour connaitre les options : en gagnant contre le joueur Italien, et en mettant 3-0 à l’Autrichien, c’est moi qui remporte la poule de qualif ! les données objectives sont simples… Préparation la veille et pendant la journée de match sur cet objectif : tactique appropriée définie avant le match avec le coach (ex : tactique offensive, prise de risque, imposer le rythme et les schémas de jeux), et rester focalisé sur les points (ici et maintenant !) les uns après les autres. J’avais une grande confiance, malgré ma défaite. 6. Comment as-tu abordé ta finale ? La « finale sportive » était déjà gagnée, après le match monstrueux que j’ai emporté contre le coréen en ½ finale. En Finale contre mon partenanire d’équipe, la difficulté était le travail mental. Mon niveau de jeu était supérieur, mes résultats meilleurs, mais le risque était de laisser l’émotion parasiter la rencontre. Je me suis plus concentré que d’habitude, avec de la musique pour éviter toute interaction avant la rencontre (on passe environ 1h ensemble avant le match, entre la salle d’attente et les contraintes officielles). Pendant le match, je me suis focalisé sur chaque point, les uns après les autres, en étant hyper rigoureux dans la tactique, quitte à ne pas produire du « beau jeu », mais un jeu efficace. J’ai montré une grande détermination, une envie de gagner sans faille en m’encourageant en permanence. Pour reprendre l’expression du coach, « Il fallait montrer qui était le patron » : je l’ai fait dès les premiers points, et j’ai maintenu la pression jusqu’à la fin. 7. Que ressent-on quand on est sur la plus haute marche du podium avec la médaille d’or autour du cou ? Une immense satisfaction, une explosion de plaisir et d’émotion. Beaucoup de fierté aussi. Un grand plaisir à partager cette victoire avec tous ceux qui m’ont aidé à l’obtenir. La présence de ma femme, mon père, mon coach et quelques super potes a été très importante pour moi. …et en même temps, j’ai un peu de difficultés à réaliser vraiment ce que j’ai accompli : j’ai tellement travaillé ces derniers mois (et années) pour arriver à ce rêve que le résultat apparait presque « normal ». Mais plus le temps passe, plus je réalise objectivement que j’ai remporté le titre suprème aux Jeux et en Chine, l’eldorado du ping pong. Et finalement, c’est énorme ! 8. Quelle a été la place du « mental » dans ta préparation et dans ces JO ? La place du « mental » est majeure dans ma préparation. J’accorde au mental la même exigence qu’à ma péparation technique ou physique, en recherchant le meilleur niveau possible. Je travaille sur cet aspect depuis 1993, avec des périodes plus ou moins intenses, et des méthodes différentes selon les évènements. Cela dépend aussi de mes attentes et de mon propre état d’esprit à un moment donné. Pour ces Jeux, j’ai dans un premier temps fait confiance à mon coach qui est très sensible à cet aspect dans la performance de haut niveau. On a abordé plusieurs plans de la préparation mentale en fonction des objectifs que l’on s’était fixés. Après avoir atteint une sorte de limite dans ce que l’on pouvait bosser ensemble, j’ai travaillé avec Sebastien THOMAS pour aller encore plus loin dans ce aspect. 9. Comment s’est passée la préparation mentale avec Sébastien et qu’est-ce que cela t’a apporté ? On avait déjà beaucoup travaillé ensemble avec Sébastien au cours des années précédentes. Notre travail a été surtout de consolider tous les acquis obtenus au cours des années précédentes, de les renforcer et de travailler également sur des aspects plus nouveaux. J’ai conforté ma concentration, ma rigueur de jeu et la lucidité à la table. Tout en restant fair-play et respectueux de mes adversaires, j’ai augmenté ma combativité et présence à la table - et même en dehors de la table. On a aussi renforcé la gestion des émotions et la visualition à travers des ancrages positifs et de victoires antérieures. Enfin, une des lignes directrices s’est imposée fortement sur toute ma préparation : rester dans l’envie, et le plaisir du jeu !!! 10. Et maintenant, comment envisages-tu l’après JO (projets sportifs, extra sportifs…) D’abord quelques semaines de pause sportive. Pas d’entrainement intensif ni de grande compétition avant novembre. C’est une respiration nécessaire, pour repartir avec le goût de jouer et de s’entraîner. Je repars pour une saison « valide » et « handi» normale ; avec pour objectif les championnats d’Europe en Italie en 2009, et en ligne de mire les championnats du Monde en Corée en 2010. Pas d’objectifs plus lointain : ça va dépendre de mon niveau de jeu, de l’envie et du physique à ce moment là . Côté boulot, j’ai repris mon poste d’ingénieur à Hewlett-Packard. Il y a des opportunités de nouveaux postes à saisir, je suis en compétition sur une évolution de mon job et de mes compétences. Côté perso, j’ai envie de consacrer plus de temps à mes proches, famille et amis, que j’ai parfois un peu négligés au cours de ces mois intenses de sacrifices et de préparation. Plein de projets perso et de loisirs, dont certains sont très secrets…
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